Logo "Ils te mentent"

Les nazis sont-ils socialistes? Les Ukrainiens sont-ils nazis?

Tout sur les accusations de nazisme
Logo du RNP

Le logo du Rassemblement National Populaire (1941-1944), un parti nazi français
Source: Wikipédia

Les nazis étaient-ils socialistes?

Le mot “Nazi” est formé par les premières syllabes des mots “national-socialiste” (prononcés avec l'accent allemand). C'est ainsi qu'on appelait les membres du NSDAP (sigle allemand du “Parti national-socialiste des travailleurs allemands”), devenu important après l'arrivée d'Adolf Hitler à sa tête, et à l'origine de la suppression de la démocratie allemande en 1933, et de l'extermination des Tziganes et des juifs en Europe jusqu'en 1945.

Il ne fait aucun doute que le nazisme est une idéologie d'extrême-droite, à l'opposé donc du socialisme. Le socialisme désignait à l'époque une idéologie révolutionnaire visant à supprimer le capitalisme, et le nazisme faisait partie de la tendance contre-révolutionnaire, visant à maintenir un ordre idéalisé et à anéantir les socialistes.

Pourtant, le nom du parti (et d'autres partis d'extrême-droite de l'époque) incluait des mots liés au socialisme: “socialiste”, “ouvriers”, “travailliste”,...
Et on constate de plus en plus des politiciens, soit ouvertement nazis comme Elon Musk, soit historiquement liés à cette tendance comme le FN (Front National, rebaptisé RN pour Rassemblement National), proclamé que “les nazis étaient socialistes et donc de gauche”. Comment comprendre cet argument?

L'argument est simple: pour attirer des électeurs, dans une démocratie (car ces partis ont pris le pouvoir, ou cherchent à le prendre, en utilisant les élections), pour obtenir le maximum de votes, au-delà des méthodes de bourrage de crâne et d'intimidation, il est utile de convaincre la majorité des électeurs qu'ils y trouveront un avantage matériel. D'où l'utilisation des termes liées aux classes populaires (“le peuple”) ou hostiles aux puissants (“la caste”, “la finance cosmopolite” [référence aux juifs],...). En Allemagne dans les années 1930, l'extrême-droite avait donc utilisé des termes comme “ouvriers”, “socialiste”, ou “travailliste”. Leurs actes, en réalité, n'ont en rien été favorables aux classes populaires: les biens volés aux juifs ont été récupérés par les classes dominantes, et l'effort de guerre a profité à l'industrie lourde. C'était donc un simple slogan démagogique, ne correspondant à aucun programme de type socialiste.

Les derniers projets “sociaux” du nazisme ont été exterminés dans le sang dans la “nuit des longs couteaux” (29 au 30 juin 1934), lorsque Hitler a fait exterminer les dirigeants des SA (sections d'assaut = service d'ordre paramilitaire du parti nazi, extrêmement violent et avec des ambitions de révolution sociale) par les SS (initialement groupe d'élite des SA, devenu ensuite concurrent des SA et direction de l'armée allemande).

Le “Rassemblement National Populaire” ou RNP (logo indiqué en tête) était un parti français pro-nazi, collaborationniste, entre 1941 et 1944. Lui aussi cherchait à attirer, en plus de l'extrême-droite ouvertement nazie, des personnes plus à gauche mais pacifistes au point de refuser la résistance face au nazisme.

Les Ukrainiens sont-ils nazis comme le dit Poutine?

Dans les discours de Poutine depuis son invasion à grande échelle de l'Ukraine (24 février 2022), faisant suite à 8 ans de guerre limitée à la Crimée et à l'est de l'Ukraine, les choses sont simples:

Ceci est totalement faux:

De fait, l'idéologie nazie est bien plus présente en Russie qu'en Ukraine: dictature absolue, culte de la personnalité, attaques contre les juifs et les homosexuels, etc...


Parler du nazisme, est-ce atteindre le “point Godwin”?

L'expression vient de Mike Godwin, un Américain qui, en 1990, au début des échanges souvent virulent sur les premiers forums d'internet, a déclaré que toute discussion finissait toujours par atteindre un point où l'un des participants accuse un autre d'être nazi ou fait référence à Hitler.

Ces discussions portaient sur des sujets sans lien avec le nazisme ou la 2e Guerre Mondiale, par exemple:

Il est clair que la référence au nazisme dans ce type de débat est injustifiée et ridicule. Il était donc justifié pour des participants de signaler “Là, tu viens d'atteindre le point Godwin”.

L'argument a ensuite été repris massivement par l'extrême-droite, pour dénoncer toute personne faisant référence au nazisme ou à Hitler. L'expression prend alors un sens similaire à celle de “reductio ad Hitlerum” (inventée en France en 1951), pour parler d'une dénonciation injustement basée sur le nazisme.

Toutefois, la situation est différente lorsqu'il s'agit de dénoncer des actes ou des projets ouvertement apparentés au nazisme: ainsi, dénoncer la colonisation de la Palestine par Israël comme un génocide similaire à celui des Tziganes et des juifs par les nazis, ou les projets de modification de la Constitution française par le FN comme aussi dangereux que la suppression de la démocratie allemande par Hitler en 1933, relève d'une argumentation logique et d'une comparaison pertinente.

Du reste, il ne faut pas oublier que parmi les fondateurs du FN, il y avait des anciens membres des SS (brigades d'élites du parti nazi, qui ont ensuite pris la tête de l'armée allemande).

Ainsi, quand on fait référence au nazisme pour dénoncer les crimes ou les risques d'une politique inspirée par une idéologie apparentée (d'extrême-droite), par exemple des plans de déportation de masse, de créations de camps d'internement, d'extermination, et pour parler des partis historiquement liés au nazisme ou à la collaboration avec le nazisme, on ne peut pas parler de “point Godwin”: c'est une utilisation pertinente de l'Histoire dans le but de ne pas répéter des erreurs dramatiques passées.


Conclusions


Mots-clés: politique démocratie extrême-droite Elon Musk

Déclaration RGPD: ce site n'utilise pas de cookies et ne conserve pas de données personnelles.