Le mot “Nazi” est formé par les premières syllabes des mots “national-socialiste”
(prononcés avec l'accent allemand). C'est ainsi qu'on appelait les
membres du NSDAP (sigle allemand du “Parti national-socialiste des travailleurs allemands”),
devenu important après l'arrivée d'Adolf Hitler à sa tête, et à
l'origine de la suppression de la démocratie allemande en 1933, et
de l'extermination des Tziganes et des juifs en Europe jusqu'en
1945.
Il ne fait aucun doute que le
nazisme est une idéologie d'extrême-droite, à l'opposé
donc du socialisme. Le socialisme désignait à l'époque une
idéologie révolutionnaire visant à supprimer le capitalisme, et le
nazisme faisait partie de la tendance contre-révolutionnaire,
visant à maintenir un ordre idéalisé et à anéantir les
socialistes.
Pourtant, le nom du parti (et d'autres partis d'extrême-droite de
l'époque) incluait des mots liés au socialisme: “socialiste”,
“ouvriers”, “travailliste”,...
Et on constate de plus en plus
des politiciens, soit ouvertement nazis comme Elon Musk, soit
historiquement liés à cette tendance comme le FN (Front
National, rebaptisé RN pour Rassemblement National), proclamé
que “les nazis étaient socialistes et
donc de gauche”.
Comment comprendre cet argument?
L'argument est simple: pour attirer des électeurs, dans une
démocratie (car ces partis ont pris le pouvoir, ou cherchent à le
prendre, en utilisant les élections), pour obtenir le maximum de
votes, au-delà des méthodes de bourrage de crâne et
d'intimidation, il est utile de convaincre la majorité des
électeurs qu'ils y trouveront un avantage matériel. D'où
l'utilisation des termes liées aux classes populaires (“le peuple”) ou hostiles aux
puissants (“la caste”, “la finance cosmopolite”
[référence aux juifs],...). En Allemagne dans les années 1930,
l'extrême-droite avait donc utilisé des termes comme “ouvriers”, “socialiste”, ou “travailliste”. Leurs actes,
en réalité, n'ont en rien été favorables aux classes populaires:
les biens volés aux juifs ont été récupérés par les classes
dominantes, et l'effort de guerre a profité à l'industrie lourde.
C'était donc un simple slogan
démagogique, ne correspondant à aucun programme de type
socialiste.
Les derniers projets “sociaux” du nazisme ont été exterminés dans
le sang dans la “nuit des longs couteaux” (29 au 30 juin 1934),
lorsque Hitler a fait exterminer les dirigeants des SA (sections
d'assaut = service d'ordre paramilitaire du parti nazi,
extrêmement violent et avec des ambitions de révolution sociale)
par les SS (initialement groupe d'élite des SA, devenu ensuite
concurrent des SA et direction de l'armée allemande).
Le “Rassemblement National
Populaire” ou RNP (logo indiqué en tête) était un parti
français pro-nazi, collaborationniste, entre 1941 et 1944. Lui
aussi cherchait à attirer, en plus de l'extrême-droite ouvertement
nazie, des personnes plus à gauche mais pacifistes au point de
refuser la résistance face au nazisme.
Dans les discours de Poutine depuis son invasion à grande échelle
de l'Ukraine (24 février 2022), faisant suite à 8 ans de guerre
limitée à la Crimée et à l'est de l'Ukraine, les choses sont
simples:
Ceci est totalement faux:
S'il y a des Ukrainiens d'extrême-droite (notamment parmi les premiers paramilitaires nationalistes qui ont pris les armes pour défendre les pays), l'Ukraine n'a fondamentalement rien à voir avec le nazisme. Son président est d'ailleurs issue d'une famille juive victime du nazisme. Et il n'y a pas d'extermination contre les Ukrainiens russophones (mais clairement, une envie forte de préférer l'ukrainien pour marquer la différence avec la Russie).
L'Europe occidentale n'a rien à voir avec le nazisme, et les partis politiques les plus proches de l'idéologie nazie sont ceux qui refusent le plus le soutien à l'Ukraine (il y a quelques rares exceptions: Giorgia Meloni, dirigeante italienne néo-fasciste, est un soutien constant de l'Ukraine).
La 2e Guerre Mondiale s'est déroulée en réalité entre 1939 et
1945. Si Poutine a supprimé la période 1939-1941 des livres
d'Histoire, c'est parce qu'à cette époque l'URSS dirigée par
Staline (dirigeant criminel qui a été réhabilité par Poutine
et est désormais célébré en héros) était alliée à l'Allemagne
nazis dirigée par Hitler. Cette alliance, ou Pacte
Germano-Soviétique (ou pacte Molotov-Ribbentrop, du nom des
deux émissaires qui l'ont signé) garantissant l'absence
d'attaque de l'URSS par l'Allemagne, un énorme soutien
matériel de l'URSS à l'armée nazie (notamment en pétrole et en
métaux), et l'annexion coordonnée de la Pologne (moitié par
les nazis, moitié par l'URSS). Staline, allié fidèle de
Hitler, n'a basculé dans le camp des “Alliés” (anglo-saxons)
que parce que Hitler a trahit le pacte et a attaqué l'URSS par
surprise en 1941 (opération Barbarossa), faisant des dégâts
considérables dans l'armée soviétique.
De fait, l'idéologie nazie est bien plus présente en Russie qu'en
Ukraine: dictature absolue, culte de la personnalité, attaques
contre les juifs et les homosexuels, etc...
L'expression vient de Mike Godwin, un Américain qui, en 1990, au
début des échanges souvent virulent sur les premiers forums
d'internet, a déclaré que toute discussion finissait toujours par
atteindre un point où l'un des participants accuse un autre d'être
nazi ou fait référence à Hitler.
Ces discussions portaient sur des sujets sans lien avec le
nazisme ou la 2e Guerre Mondiale, par exemple:
quel est le meilleur logiciel pour éditer un fichier texte sous Unix? “vi” (un logiciel très léger mais très déconcertant, nécessitant d'utiliser des combinaisons de touches difficiles à retenir pour le néophyte), ou “emacs” (un logiciel plus sophistiqué et plus convivial, mais très lourd pour les machines de l'époque, et dont la configuration nécessitait des fichiers programmés en langage LISP et particulièrement abscons).
l'avortement est-il une liberté fondamentale ou un crime insupportable?
Il est clair que la référence au nazisme dans ce type de débat
est injustifiée et ridicule. Il était donc justifié pour des
participants de signaler “Là, tu viens d'atteindre le point
Godwin”.
L'argument a ensuite été repris massivement par l'extrême-droite,
pour dénoncer toute personne faisant référence au nazisme ou à
Hitler. L'expression prend alors un sens similaire à celle de
“reductio ad Hitlerum” (inventée en France en 1951), pour parler
d'une dénonciation injustement basée sur le nazisme.
Toutefois, la situation est
différente lorsqu'il s'agit de dénoncer des actes ou des projets
ouvertement apparentés au nazisme: ainsi, dénoncer la
colonisation de la Palestine par Israël comme un génocide
similaire à celui des Tziganes et des juifs par les nazis, ou les
projets de modification de la Constitution française par le FN
comme aussi dangereux que la suppression de la démocratie
allemande par Hitler en 1933, relève d'une argumentation logique
et d'une comparaison pertinente.
Du reste, il ne faut pas oublier que parmi les fondateurs du FN,
il y avait des anciens membres des SS (brigades d'élites du parti
nazi, qui ont ensuite pris la tête de l'armée allemande).
Ainsi, quand on fait référence
au nazisme pour dénoncer les crimes ou les risques d'une
politique inspirée par une idéologie apparentée
(d'extrême-droite), par exemple des plans de déportation de
masse, de créations de camps d'internement, d'extermination, et
pour parler des partis historiquement liés au nazisme ou à la
collaboration avec le nazisme, on ne peut pas parler de “point
Godwin”: c'est une utilisation pertinente de l'Histoire
dans le but de ne pas répéter des erreurs dramatiques passées.